Les écoles nationales Imprimer

Avant Mozart, le grand opéra allemand n'existait pas.

La voix féminine lui doit beaucoup car, pendant longtemps, personne n'osa écrire aussi aigu et aussi grave que lui, ni briser en quelque sorte la ligne mélodique par de grands intervalles.

Et surtout, sans la prodigieuse fusion des styles qu'il avait opérée, il n'y aurait peut-être jamais eu de BEETHOVEN, ROSSINI ou VERDI.

L'école de chant allemande pouvait enfin trouver son répertoire avec la création de "l'Enlèvement au sérail", le Singspiel est né (opéra-comique allemand avec dialogues parlés).

Carl Maria Von WEBER au XIX ème siècle créa l'opéra romantique allemand, avec le "Freischütz".

Puis WAGNER donna au chant allemand, une ampleur et une dimension à la mesure de son génie.

A sa mort,une école est née,de formation classique,mais donnant au chant une ampleur dramatique nouvelle.

Par la suite, la démesure des premières œuvres de Richard STRAUSS, fut une véritable explosion de forces primitives !

Cosima WAGNER entreprit de réviser sa conception du chant, en créant sa propre école en 1901, mais de nombreux chanteurs s'y brisèrent la voix !

C'est Lilli LEHMANN qui,par réaction inverse, froideur du style, raideur des sons sans vibrato, bien que néfaste en soi, servit de frein aux débordements du néo-wagnerisme.

Il serait injuste de ne pas mentionner l'éclosion d'une école espagnole.

Pendant quarante ans, ses chanteurs furent les plus sûrs rivaux des italiens de l'âge d'or.

Une école d'oratorio vit le jour aux Pays-Bas, afin de satisfaire à la vogue du concert qui s'étendit dans toute l'Europe,dans la première moitié du XX ème siècle.

En Angleterre, Kathleen FERRIER justifia un renouveau et les succès d'Alfred DELLER et Russell OBERLIN, réhabilitèrent les voix de falsettiste (donc contre-ténor)et tout le répertoire anglais, de PURCELL à BRITTEN,en passant par HÄNDEL,revit le jour, donnant ainsi l'occasion d'ouvrir de nombreuses écoles de chant.

Seule la France accentua la séparation des genres !

Nos talents pourtant si diversifiés (qu'ils viennent des compositeurs ou des interprètes)nous permettaient pourtant, de fonder des écoles durables, afin de former nos chanteurs ainsi que les chanteurs étrangers au service de notre magnifique répertoire !

Il n'en n'a rien été !Seules des initiatives privées, dues à des auteurs isolés,ont existé de temps à autre.

On peut, hélas, parler d'une décadence du chant, après l'âge d'or qui se situe aux environs de 1920.

Depuis MONTEVERDI, l'art du chant n'avait cessé d'évoluer, et les plus grands chanteurs lièrent toujours leur nom à la création des œuvres contemporaines.

Or, cette progression s'arrêta soudain, chanteurs et directeurs de théâtre estimant qu'une centaine d'opéras suffisait désormais à leur bonheur et à celui du public.

Ainsi naquit la notion de"répertoire".

Cela causa immédiatement la sclérose de l'art du chant.Durant trois siècles, son évolution, qui n'avait cessé d'être régénérée, s'arrêta soudain et créa sa propre tradition.

Il cessa d'être le reflet de son époque !

Les chanteurs appliquèrent un même style épuré aux diverses manières du passé.

Chaque pays chanta alors dans sa langue propre, tout le répertoire.

A ce propos, je ne peux pas résister au plaisir de vous raconter un célèbre mot du compositeur R. Hahn, à qui une charmante dame (Professeur de Chant) faisait entendre son élève ; celle-ci lui chante "la Truite" de Schubert, en Français donc, comme c'était la coutume à l'époque, et R. Hahn reste un peu dubitatif après l'audition, ce qui provoque la curiosité du Professeur qui dit alors : "Oh, Maître, je vous en prie, je voudrais tellement avoir votre avis, d'après vous, comment a-t-elle chanté ce lied ?", "Ce lied, Madame ? comme un pied !".

Quant à l'enseignement, sa valeur n'a cessé de décroître depuis plus de deux siècles.

En France, avant 1975, il n'est protégé par aucune loi.

N'importe qui peut abuser de la crédulité d'un élève !

Les recrutements des enseignants faisaient alors l'objet d'une inscription sur dossier, puis d'une démonstration pédagogique avec cobaye, et d'une confrontation avec un jury local, la plupart du temps constitué de représentants de la municipalité, et d'un ou deux spécialistes invités pour la circonstance.

Inutile de préciser alors, que le hasard seul, décidait de la future réussite du candidat.Donc, aucune école de formation officielle pour les chanteurs,et aucune pour les enseignants.

Voilà le triste constat d'un des grands pays producteurs d'opéra, parmi les plus brillants !